Le Parfum (Das Parfüm)

couv15099577.gifEditions: Le Livre de Poche | Paru en: 1989 | Pages: 307 | Auteur: Patrick Süskind

Alors que je viens juste de tourner la dernière page de ce livre, je ne suis sûre que d’une seule chose: que je ne suis sûre de rien! Je suis très dubitative et il m’est très difficile de cibler avec précision mon ressenti sur ce roman, un ressenti très dense mais confus. Je vais tenter de vous l’expliquer.

Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu. Mais Grenouille n’avait besoin que d’un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n’avait besoin de rien. Or, ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bien d’un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout puissant de l’univers, car " qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ". C’est son histoire, abominable… et drolatique qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman qui, dès sa parution, eut un succès extraordinaire et est devenu très vite un best-seller mondial.

MON AVIS

Je me rends compte qu’en fait il y a bien une chose dont je suis certaine: la prose de Süskind est vraiment bonne et agréable à lire. Il écrit dans un style classique, à l’ancienne, mais tout s’enchaîne merveilleusement bien. L’écriture est fluide et le vocabulaire est riche, détaillé mais pas compliqué ni difficile à saisir.

Par ailleurs il n’y a pas que le vocabulaire qui soit riche, le roman en lui même est très documenté et fourni en informations concernant les étapes de créations d’un parfum (au 18eme siècle qui plus est) ainsi que sur la géographie française qui jalonne le livre: de Paris à Nice en passant par Montpellier, Grasse ou encore l’Auvergne, tout nous est donné dans un bel équilibre de détails et de descriptions (ni trop, ni trop peu). C’est un livre recherché,documenté et à la portée de n’importe quel lecteur (ou presque) d’après moi. Je considère que l’auteur a réalisé une belle prouesse d’écriture car en lisant je ne me suis jamais sentie perdue, parce que je ne connaissais pas vraiment le monde de la création en parfumerie, ou encore pliée sous des détails trop compliqués ou des descriptions trop barbantes des paysages français. Au contraire, je me suis sentie apprendre au fur et à mesure du livre avec beaucoup d’intérêt. Il y a comme un parfum d’estime du lecteur qui ressort de ce livre, et c’est vraiment appréciable.

18676528J’ai également aimé y lire la réalité quant à l’hygiène et la qualité de vie de l’époque, qu’il s’agisse de Paris ou d’une autre ville de France. Soyons clair, les films nous donnent constamment une image très positive du 18eme siècle et ses belles robes, ses beaux costumes et sa noblesse toute propre et présentable… Alors que cette noblesse se lavait peu, puait même, cachait cette puanteur sous des tonnes de parfum (son utilisation première), cachait ses problèmes de peau sous des mouches et des tonnes de poudre à base de céruse toxique. Dans les rues des villes, les simples français n’avaient rien de tout ça pour cacher la puanteur ou leurs problèmes quelconques de santé (infections, maladies de peau…), la médecine était peu évoluée, il n’y avait pas encore de tout à l’égout, puisqu’il s’agissait encore du tout à la rue, ni d’eau courante… En clair l’hygiène n’était pas au rendez vous et l’air n’était probablement pas très respirable pour des gens de notre époque… Ni très sain!

Ce qui m’amène à un sentiment régulier que j’ai pu ressentir au long du livre: un certain dégout récurrent même s’il n’était pas constant. Et ce qui est intriguant et intéressant dans ce livre (si si!), c’est que ce dégout est à deux doigts de la fascination. Les deux sentiments sont toujours très proches, il se talonnent de près et je ne savais jamais vraiment quand je passais de l’un à l’autre… J’ai ressenti ce dégout fascinant, si je peux le nommer de cette manière, à la fois pour les descriptions olfactives (lorsqu’il s’agissait de puanteur en tout cas) et visuelles (maladies, furoncles etc…), mais aussi pour Grenouille.

Ce personnage principal est vraiment original, c’est le moins qu’on puisse dire… C’est un personnage que je trouve à la limite de l’inhumanité. Il a d’ailleurs un nom d’amphibien (ce qui le positionne probablement bien vis à vis des autres êtres humains) et il est constamment comparé à une tique. Je peux vous dire que j’ai une sacré phobie des tiques! Ce personnage est dénué de sentiments sauf lorsqu’il s’agit de haine pure. Et pourtant, cet être présenté comme frêle est vraiment fascinant, il a un don incroyable et en tire la meilleure partie qui soit. J’ai eu beaucoup de mal à me représenter Grenouille, je pense même en avoir été incapable. D’une certaine manière il me reste sans visage et insaisissable, ce qui le rend d’autant plus captivant en tant que personnage. Les meurtres qu’il commet ne sont même pas répugnants à la lecture car il ne touche pas aux corps des victimes… Ce qu’on pourrait donc s’attendre être la pire partie de ce livre est en fait une des plus aisée à lire et à appréhender. L’écœurement et la fascination dans ce livre ne se situent pas dans les meurtres commis par le personnage principal, mais dans la nature même du personnage et des odeurs et images très habilement impulsées par le texte.

8773.cVous pouvez vous attendre à littéralement boire les odeurs. Elles sont partie intégrante de chacune des pages du livre, à tel point qu’on s’y noierait presque. Je me suis sentie heureuse, à de nombreuses reprises, de ne pas pouvoir réellement les sentir, même si ce roman fait énormément travailler le sens olfactif et l’imagination…

Si l’histoire est bien menée tout au long du roman, à deux reprises il m’a semblé qu’elle était poussive voire improbable. Le début de la deuxième partie du roman m’a même semblé totalement inutile et à la limite du désintérêt… J’ai trouvé que sur ces quelques pages (une vingtaine) le style avait soudain changé, je n’ai pas compris pourquoi et d’ailleurs je pense sincèrement que cette partie n’apporte rien au reste du livre… De même la fin du roman est totalement poussive, même si elle s’inscrit bien dans l’ensemble de l’histoire et dans la logique du personnage…

En résumé, je trouve ce livre vraiment bien construit et très bien écrit. Il y a là beaucoup d’originalité. C’est un livre qui est fascinant mais bizarrement peu captivant (on peut le laisser plusieurs jours en attente sans problème…). Je suis incapable de dire si j’ai vraiment aimé et adhéré parce que tout simplement je ne le sais pas. Je n’ai pas détesté ma lecture, j’en garde un souvenir uniquement positif… et pourtant je suis incapable de dire que j’ai sincèrement adoré… Vous comprenez peut-être maintenant mieux pourquoi je suis dubitative!

 

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(image tirée de l’adaptation cinématographique)

"Maintenant il sentait qu’elle était un être humain, il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l’odeur de poisson de son sexe, et il les sentait avec délectation. Sa sueur fleurait aussi frais que le vent de mer, le sébum de sa chevelure aussi sucré que l’huile de noix, son sexe comme un bouquet de lis d’eau, sa peau comme les fleurs de l’abricotier… et l’alliance de toutes ces composantes donnait un parfum tellement riche, tellement équilibré, tellement enchanteur, que tout ce que Grenouille avait jusque-là senti en fait de parfums, toutes les constructions olfactives qu’il avait échafaudées par jeu en lui-même, tout cela se trouvait ravalé d’un coup à la pure insignifiance."


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2 réflexions sur “Le Parfum (Das Parfüm)

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